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Le BDSM et moi

A la découverte de mes désirs - par Melainya

Le mois dernier, je vous racontais ma première expérience à une soirée fétiche et libertine. Prenant en compte que j’ai laissé mes lecteurs sur un cliffhanger, je me suis dit qu’il pourrait être pertinent de compléter mon propos et d’ouvrir sur les perspectives que cette soirée m’a permis de prendre par la suite. Elle ne s’est pas terminée de façon plus croustillante qu’elle n’avait commencé et je suis simplement rentrée chez moi me coucher mais bien des rêves et des images ont habité mon sommeil. Ce qu’il est intéressant d’en tirer aujourd'hui, c’est davantage la façon dont cela a pu influer à un niveau plus global sur ma sexualité, mon implication dans ce milieu et la compréhension de moi-même qui en découle.

par Melainya

Une première expérience révélatrice de mes désirs

Rassurée par cette première expérience, j’allais mettre le doigt dans un engrenage que je ne soupçonnais pas d’avoir une place chez moi.
Comme je le disais précédemment, plusieurs personnes rencontrées à cette soirée m’ont marquée et nous sommes restées en contact. Par la suite, cela m’a permis d’aller aux autres soirées sachant qu’elles seraient là et les choses se sont enchaînées. Une soirée, puis une autre, on se rapproche les uns des autres et cela devient de plus en plus MON univers, une sorte de famille étrange partageant un secret bien gardé.

Je me suis toutefois fort interrogée sur ce que cela pouvait soulever chez moi et le pourquoi d’une telle excitation alors même que je n’avais rien fait de particulier.

Était-ce donc le simple goût de toucher à quelque chose « d’underground » et en somme quelque peu interdit ?

Malgré l’éducation religieuse que j’ai reçue, je viens d’une famille plutôt ouverte d’esprit où, sans être complètement assumée, la sexualité n’a jamais été un tabou. Je ne peux alors pas dire qu’il y avait ici des éléments particulièrement transgressifs pour moi mais l’idéologie sociétale judéo-chrétienne résonnait tout de même en moi : je faisais désormais partie d’une communauté et d’un milieu marginal qui soulève de nombreux débats.

Et rien que ça, c’était un peu gênant mais surtout grisant.

Le BDSM et moi
 

Le passage d'une relation exclusive au libertinage en solo

A cette époque, je commençais à m’engager dans une relation monogame sérieuse avec quelqu’un pour qui j’avais "renoncé" à une éventuelle ouverture de couple. J’avais une attirance pour les relations ouvertes et multiples depuis déjà quelques temps mais trop jeune et inexpérimentée pour savoir, à ce moment-là, ce que je sais déjà aujourd’hui, c’est à dire que cela faisait vraiment partie de moi.

Je n’allais donc pas dans ces événements pour faire des rencontres au sens sexuel, en revanche cela a joué un vrai rôle dans ma sexualité. J’ai découvert l’excitation du voyeurisme, la potentialité toujours latente de se faire observer, draguer et surtout de sentir cette tension sexuelle palpable qui imprègne l’air. On peut aisément penser que fréquenter ce genre d’endroits sans s’adonner à des pratiques concrètes doit être frustrant mais paradoxalement, cela m’a au contraire permis d’entretenir ma sexualité ailleurs.

Après ces moments, grisée et chauffée à blanc par ce que j’avais pu voir, sentir, toucher ou même entendre, je rentrais chez moi avec beaucoup de désir pour mon compagnon. Il a été admis à un certain point que cela faisait partie intégrante de ma sexualité et surtout de mes besoins, pour nourrir mon imaginaire et mes fantasmes sans que cela ne vienne rompre les termes du contrat de la relation de couple.

Plus j’allais dans ces soirées, plus j’assistais à des pratiques différentes et plus je rencontrais de nouvelles personnes et plus j’étais nourrie, amenant en dans ma tête l’idée, non pas de pouvoir le réaliser moi-même mais simplement de me projeter à la place de celui où celle qui recevait : cette excitation seule me suffisait.

Je pense d’ailleurs avoir mis le doigt sur quelque chose de primordial ici et qui n’a jamais changé : le rôle de la polygamie et du fétichisme dans ma libido. Avec le temps, je l’ai découvert comme la condition presque sine qua none pour que mes envies et mon excitation aient toujours lieu. Sans cela, même avec un partenaire épanouissant, ouvert aux pratiques et avec qui je partage des sentiments, la flamme s’éteint progressivement jusqu'à disparition.

Toutefois, on peut aisément se poser la question de savoir quelle en était la limite et s'il n’y avait pas une forme de refoulement au sens où cela fonctionnait peut-être comme un palliatif. Cet arrangement était-il vraiment suffisant ou était-ce la seule chose que je pouvais faire aux vues des circonstances ?

Tant que la frustration n’était pas trop grande cela tenait , certes. Quelques années plus tard, j’ai stoppé cette relation, en grande partie parce que cela ne me satisfaisait plus et que j’avais besoin de vivre réellement ces relations "poly" .

L'exploration de ma sexualité et l'univers BDSM continue.

Cependant, il serait mentir de négliger l’aspect plus concret du vécu et grâce à ces moments, j’ai aussi pu progresser dans mon chemin BDSM et comprendre ce que j’aimais vraiment : Fessés, cordes, etc ... J’ai toujours eu un côté expérimentateur et avec les années j’ai progressivement essayé diverses pratiques. D’abord dans ces lieux, devenus pour moi le point de repère, avec des personnes de confiance, juste pour la sensation puis, au fil de mes relations, avec mes partenaires de manière plus intime.

Ma démarche est la suivante et est restée identique : "Tu sais faire ceci (insérer ici une compétence choisie), alors si tu le veux bien, fais moi essayer". Cela pouvait être le fouet par exemple où certaines sensations de douleurs (aiguilles, cire ...) mais en dehors de toute séance érotisé et détachée d’émotions, de façon très cadrée. Puis si cela me plaisait je l’intégrais dans mes jeux amoureux.

Sentir la morsure du cuir frappant la peau, s’enroulant autour de mon ventre, mes cuisses ou la douce brûlure de la cire chaude qui coule jusqu'à ce qu'on ne sache plus vraiment la localiser, voilà ce que je recherche.

Une sensation brute dénuée de sentiments pour ressentir très égoïstement et juste en communion avec moi-même ce plaisir. Il devient, à mon sens, tout de suite très différent lorsqu’il rentre dans l’interaction avec un autre individu, même s’il peut être souvent encore plus puissant.

Le BDSM et moi
 

Conclusion : Donnez vie à vos désirs !

Aujourd'hui, je me sens encore bien loin d’avoir fait le tour des choses à expérimenter, et je suis bien heureuse devant l’étendue de ce qu'il me reste à essayer mais je suis fière d’être suffisamment libre pour ne me fermer aucune porte et être prête à accepter ce qui se propose si j’en ai l’envie. Pas de honte, ni de culpabilité.

Alors pourrais-je dire que sans cette soirée, ma vie aurait été toute autre ?

 

Qui est l'auteure ?

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Melainya est une artiste et performeuse française arpentant la scène lyonnaise mais aussi internationale. Elle débute dans les milieux artistiques par la photographie et explore de nombreux univers comme ceux du Shibari (bondage japonais), du fétichisme, du BDSM et de la culture gothique. Au fil des années, elle diversifie ses activités en explorant un monde plus en mouvement grâce à la performance et aux tournages pour des groupes de metal extrême. Habituée des scènes underground, elle présente régulièrement des shows, aussi bien dans des soirées techno, des événements privés que pour des festivals musicaux. Depuis deux ans, elle est également la co-organisatrice de soirées pour les fétichistes du latex dans sa ville de coeur.

 
 
 

 

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